Kapitel 13

« Vas-y, ne traîne pas ! »

« Mon père m'attend. Toi, tu montes sur scène aujourd'hui ? Tu as trouvé ton accord ? »

« — Ah, faut bien que je monte ! »

Ils évaluèrent le temps. Arrivés au Pont du Ciel, ils s'arrêtèrent d'abord à un stand pour boire un bol de *douzhi*, une boisson à base de haricots verts fermentés. L'étal du marchand portait d'un côté un fourneau surmonté d'une grande marmite en terre cuite où mijotait le *douzhi* ; de l'autre, un plateau en bois carré supportant des soucoupes de légumes fermentés épicés : des radis, des concombres, des huit trésors marinés, et des galettes.

Zhigao déposa deux pièces de cuivre. Chacun eut son bol de *douzhi*, aigre-doux, accompagné de beignets et de petits pains. C'était bon marché et nourrissant.

Ils sirotaient quand ils entendirent sonner le gong. —

« Chers concitoyens, c’est la première fois que nous venons dans votre noble contrée… »

Zhigao dit :

« Hé, c’est aussi une première pour eux ! »

La voix continue, haut perchée :

« Je le dis d’emblée : un homme peut avoir la main malheureuse, un cheval peut faire un faux pas, on ne mange pas de riz sans en laisser tomber un grain. S'il arrivait quelque chose, nous vous demandons votre indulgence. Ces enfants comptent sur leur talent et leur force. Leur métier est risqué. Voilà que la petite demoiselle vous offre son talent… »

« Houa ! » La foule s'embrasa en un instant.

Sans avoir besoin de se faufiler dans l'arène, ils aperçurent une silhouette vague dans les airs.

C’était une barre plantée droit vers le ciel, maintenue en équilibre précaire, sans doute portée par quelqu'un en bas. À cette barre était suspendue une jeune fille, retenue uniquement par sa longue natte. Son corps tout entier pendait dans le vide. Elle faisait le pont, le grand écart, tournait… Tournant sans fin, son point d'appui sur la base de sa natte, elle tournoyait, tournoyait, jusqu'à donner le vertige, son visage devenu flou.

La foule applaudit bruyamment.

C’était une nouvelle attraction, une nouveauté au Pont du Ciel.

Enfin, on descendit la jeune fille. Elle joignit les poings, sourit à la foule : « Merci, seigneurs, de votre considération ! »

Le couple d'âge mûr qui était derrière elle s’avança aussi :

« Bien, laissez-la reprendre son souffle, sécher sa sueur. Nous présenterons tout à l'heure d'autres numéros tout aussi risqués… »

Huaiyu et Zhigao, de l’extérieur de la foule, se faufilèrent à l’intérieur. Ils reconnurent un peu, changèrent de direction pour mieux voir, changèrent encore de direction, penchant la tête. Était-ce elle ? Était-ce elle ? Ils n’étaient pas rassurés.

Pas rassurés du tout.

La jeune fille, un plateau en osier à la main, ramassait les pièces de cuivre éparpillées par terre. Elle se releva. Bien que ses yeux fussent baissés, une lueur vacilla entre les cils de sa paupière inférieure gauche. C’était bien elle, sans l’ombre d’un doute —

« DanDan ! »

DanDan releva les cils, leva la tête.

Vaguement, puis de plus en plus nettement. Où qu’elle fût allée, elle était « revenue ».

Ses yeux noirs, toujours comme deux gouttes d’encre concentrée, pareils à ceux d’un nouveau-né. Une encre fraîche, prête à écrire un caractère tout neuf. Mais elle n’avait pas encore écrit.

Devant elle, c’était le frère QiGao, n’est-ce pas ? Ses yeux plissés en triangle, pleins de malice. C’était ce visage de singe, le masque tombé. Ses yeux de singe brillaient, s’illuminaient, s’agrandissaient — bien qu’ils n’eussent jamais été grands.

Et puis le frère Huaiyu. Huaiyu, un peu timide, le regard n’osait se poser sur elle, s’attardant un peu plus loin.

Chacun avait le cœur battant d’excitation. Ils s’étaient retrouvés.

Était-ce possible ?

Sur la place du Pont du Ciel, ils s’étaient retrouvés.

« Frère QiGao ! Frère Huaiyu ! »

— Comment renouer les fils du passé ?

« Ah, ta natte, elle te sert donc à quelque chose ! » Zhigao avait enfin percé le secret. Il le révéla aussitôt : « Pendue ! »

« Zhigao, voyons, pourquoi parler de “pendue” ? C’est mal ! » l’arrêta Huaiyu.

« Vous vous promenez par ici ? »

« Non, sourit Huaiyu, nous sommes du métier, nous aussi. »

« Vraiment ? »

« Vraiment. Zhigao aussi monte sur scène. Nous avons notre place par là-bas. Tu veux venir voir ? »

« D’accord, je viendrai vous trouver ! »

« C’est promis ? »

« Promis. Je tiendrai parole. Où ça ? »

Le vieux Tang, voyant que les deux garçons arrivaient en retard, était un peu contrarié. Il venait d’empoigner son sabre du dragon vert, quatre-vingt-dix kilos. Les jours précédents, cela allait encore, mais récemment, il soufflait beaucoup. La sueur coulait en abondance, jusque dans son entrejambe.

Il y avait des années qu’il était au Pont du Ciel. La clientelle se faisait de plus en plus rare. Et puis, sur cette place, les gens venaient et repartaient. Les nouveaux étaient toujours curieux, et un bon cri pouvait en arrêter quelques-uns.

Huaiyu n’arrivait toujours pas ? Ce Zhigao, aussi, il n’avait pas de cœur.

Huaiyu se précipita sur la place.

Il commença par un nouveau numéro, mêlant souplesse et force —

Les artistes de la rue tenaient à se produire sur différentes places, à conquérir de nouveaux espaces. Pour rester longtemps au même endroit, pour résister à l’éphémère, il fallait varier les numéros, afin de subsiter tant bien que mal, sans avoir à aller voir ailleurs.

Ce jour-là, Huaiyu maniait un grand sabre à gland rouge et un fouet à neuf sections. Le fouet à neuf sections, formé de chaînons de fer, exigeait une force intérieure pour le faire aller droit, une maîtrise pour le faire s’enrouler. Quand le fouet et le sabre, l’un à gauche, l’autre à droite, l’un souple, l’autre dur, l’un long, l’autre court, alternaient, la virtuosité et la légèreté de Huaiyu lui valaient toujours des applaudissements.

Mais tout en maniant, il était un peu anxieux. Y avait-il, dans le public, un nouveau spectateur ? Était-elle venue ? Dans quel coin regardait-elle ses culbutes et ses roulades ? Sur une chute, le sabre faillit même le blesser.

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