Capítulo 57

Dans ce quartier, il y avait de petits hôtels, des cantines qui préparaient les dîners et les livraient à domicile. Une imprimerie, et diverses enseignes : « avocat », « médecin », mêlées à « Souzhou Tan de la petite pêcheuse aux fleurs de pêcher », « Zhu Lao’er, magicien, spécialiste des fêtes privées »… Et une enseigne en fer-blanc : « École de cinéma des stars de Shanghai ». Non loin, une agitation bruyante.

Dandan, curieuse, s’approcha pour regarder. Elle n’entendit que des récriminations.

« Comment ça, c’est fermé ? »

— « Déménagé ? Où ? »

— « Nos cachets ne sont pas encore payés. On nous avait promis le paiement en trois fois. J’aurais dû savoir qu’il valait mieux soixante-dix tout de suite que cent à crédit. »

— « Ah, ils ont encaissé les frais de scolarité, les stages sont finis, et maintenant ils disparaissent ? Qu’est-ce qu’on fait ? »

Une fille pleurait amèrement :

« On m’a volé mon argent ! »

Elle pleurait, ce n’était absolument pas du « jeu ».

Dandan comprit qu’il s’agissait d’un groupe de jeunes gens qui s’étaient fait escroquer des frais d’inscription, de scolarité et des cachets de figurants — tous rêvaient de devenir stars. Dandan tendit son mouchoir à la fille. Celle-ci, tout en pleurant, se mouchant, dit : « Je n’arrive pas à croire que moi, Shen Lifang, je ne puisse pas devenir star ! »

Reconnaissante envers Dandan pour son mouchoir, elle bavarda avec elle. Elle apprit que Shen Lifang avait un an de plus qu’elle, dix-neuf ans. Pleine d’indignation, elle dit :

« Je sais chanter, je sais danser, je n’arrive pas à croire que je ne puisse pas réussir ! »

— L’école de cinéma a fermé, qu’est-ce que tu vas faire ? demanda Dandan, curieuse.

— « Quelqu’un m’a parlé d’un “studio d’acteurs”. Demain, je vais m’inscrire. Je pourrai tout de suite être figurante. Les grandes stars ont toutes commencé comme petites actrices, non ? Je n’arrive pas à croire que je ne puisse pas devenir une grande star ! »

À chaque « je n’arrive pas à croire », on sentait son manque de confiance, obligée de crier si fort pour s’en convaincre.

Quand elle apprit que Dandan venait de Pékin, elle l’interrogea à son tour, avec la même curiosité, tout près de son oreille :

« La personne que tu es venue voir, c’est ton petit ami ? »

— « Qu’est-ce que tu veux dire par “petit ami” ? »

— « Tu l’aimes bien ? »

Devant une étrangère, Dandan acquiesça facilement. Elle était rassurée : elles allaient bientôt suivre leur propre chemin, ne se reverraient sans doute jamais. Aussi, très confidentiellement, elle hocha la tête.

« Lui, il t’aime bien ? »

Sans la moindre hésitation, même si elle en doutait, elle hocha encore la tête.

« Tu vas habiter chez lui ? »

— « Il y a aussi les membres de sa troupe. Et son maître. »

Dandan réfléchit un instant, puis demanda :

« Shen Lifang, tu as un petit ami ? »

— « J’en avais un. Quand il a su que je voulais devenir star, il m’a traitée d’arriviste et il est parti. Avant de partir, il m’a frappée. »

— « Ta famille est au courant ? »

— « Ils ne s’occupent pas de moi, ils n’ont pas le temps. Ma mère est domestique, elle rentre une fois par semaine. Mon père tire un pousse-pousse, il a beaucoup de mal. Les agents viennent souvent lui retirer sa “patente”. Il tire toute la journée, gagne de l’argent, mais avant même d’avoir acheté un peu de bois et de riz, il doit payer une nouvelle patente à la concession, sinon il ne peut même pas tirer son pousse-pousse. Alors, il n’a pas le temps de s’occuper de moi. »

Elles bavardèrent un bon moment. Dandan comprit que ce n’était pas « par arrivisme ». À Shanghai, comment une jeune fille pouvait-elle survivre ?

Shen Lifang et elle s’entendaient bien. Elle lui donna son adresse, et dit finalement : « Tes dents sont jaunes. Un de ces jours, je t’offrirai du dentifrice en poudre de la marque “Deux Sœurs”. C’est ce que j’utilise. Au revoir ! Viens me voir tourner un jour ! »

Dandan lui fit signe de la main en souriant.

Le soir, les membres de la troupe rentrèrent. L’histoire de Dandan était connue de tous. Voyant cette fille sans père ni mère, sans soutien, une vagabonde du voyage, ils furent très gentils avec elle et l’invitèrent à manger.

Huaiyu était embarrassé. Les autres lui faisaient bonne figure, mais il était comme un pauvre incapable de s’occuper d’elle. Et peut-être, mais c’était une idée, le directeur n’avait pas l’air très content.

Dandan n’aurait jamais imaginé que la personne à qui elle venait se confier était un Bouddha d’argile traversant le fleuve. Elle n’aurait jamais imaginé non plus que l’acteur martial, si célèbre, avait fait une chute à cause d’une femme. Personne ne le lui dit, mais avec son intelligence, elle en devina la moitié. « J’arrive vraiment au mauvais moment ! »

Huaiyu rangea sa chambre, la laissa à Dandan, et alla s’entasser dans celle de Li Shengtian.

Par bribes, elle entendit la conversation entre le maître et le disciple.

« Qu’est-ce que le directeur a dit ? »

— « Il a dit qu’on pouvait racheter le contrat pour dix fois le prix, il n’y a vu aucun inconvénient. En fait, il était ravi. »

— « Tu as l’intention de le quitter ? »

— « Je veux juste ne plus être un fardeau. »

— « Tu en es sûr ? »

— « Sûr. Mademoiselle Duan me prépare une autre voie. »

— « Elle ? »

— « — Elle a dit qu’elle me présenterait pour faire du cinéma. »

— « Tu es acteur d’opéra, pourquoi te mêler à des acteurs de cinéma ? Il faut bien réfléchir. Au pire, retourne à Pékin et recommence. Ne fais pas l’entêté. »

— « Non, je ne suis pas incapable, je ne vais pas baisser les bras. Et puis Mademoiselle Duan s’est déjà occupée de tout. Un patron de société de cinéma veut absolument faire un film “spécial”, il suffit qu’elle dise un mot, et moi… »

— « Et Dandan ? »

— « Je ne savais pas du tout qu’elle venait. »

— « Tu ne vas plus courir les ports avec nous ? Tu restes à Shanghai, comment vas-tu t’occuper de Dandan ? »

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