Transforme-toi en cygne et vole vers toi - Chapitre 18

Chapitre 18

Elle sentait distinctement deux forces s'éveiller en elle simultanément, des pensées qui n'étaient pas les siennes. Elle savait que c'était A-Tong. L'âme d'A-Tong était sur le point de revenir, exigeant le retour de ce corps. Et elle était prête à le lui rendre de bon cœur. Leur transaction s'accomplirait grâce au pouvoir de la musique.

Finalement, le présentateur annonça : « Prochain candidat : Shanghai, Atong ; morceau interprété : 'Pour Élise'. »

Atong se leva, monta sur scène d'un pas assuré et s'assit avec précision au piano. Après un instant d'hésitation, ses dix doigts effleurèrent les touches et la musique fluide de «

Pour Élise

» commença, telle une cascade d'eau jaillissant sans entrave, comme si des amants s'appelaient dans le vent

: «

Danbing, Danbing, m'entends-tu

?

»

Au son de la musique, tous les auditeurs se sentirent revigorés, comme transportés dans leur jeunesse, vers ces lointains souvenirs de premier amour, d'amoureux d'enfance, de chants d'oiseaux et de fleurs parfumées, de douces brises et de ciels limpides, de regards échangés purs, débarrassés de toute trace de pollution. Qui n'a jamais connu la douleur du désir ? Qui n'a jamais été jeune, épris, fou amoureux ? Ces souvenirs, enfouis au plus profond de nous sous le poids des soucis et des angoisses du monde, s'éveillèrent, comme si une porte s'était soudainement ouverte, laissant entrer une brise fraîche qui balaya toute la poussière accumulée et révéla leur véritable nature. Le corps est comme un arbre de la Bodhi, l'esprit comme un miroir limpide. Essuyez-le sans cesse, de peur que la poussière ne s'y dépose. Ceux qui aiment sont des saints, des bouddhas illuminés.

Au son de la musique, Qufeng serra Xiaolin dans ses bras, sortit une bague et la glissa à son doigt, concluant ainsi la cérémonie de fiançailles, à la fois simple et solennelle. Aucun prêtre ne demanda : « Voulez-vous… ? » Ils étaient maîtres de leur destin et de leur amour. Leurs regards se croisèrent et ils murmurèrent à l'unisson : « Oui. »

Sur scène comme en coulisses, séparés par une immense distance, ce «

oui

» bouleversant et déchirant parvint pourtant clairement aux oreilles de Danbing. Elle ne put retenir ses larmes, elle en fut profondément émue. Elle avait affronté la mort d'innombrables fois, traversé d'innombrables montagnes et rivières, enduré les épreuves et le déracinement pour le retrouver, son seul but étant de le retrouver, de lui faire comprendre son amour. Un amour dévoué, pur et inébranlable.

Il a fini par le comprendre et s'en rendre compte, mais il a consacré cette dévotion à quelqu'un d'autre.

Devait-elle être soulagée ou affligée

? Des larmes, teintées d’un sourire, tombaient dans le vent. Elle leva les yeux vers le ciel, où des volées de cygnes arrivaient lentement. Venaient-ils la guider ou le bénir

?

Elle les regarda, oui, elle les « regarda », elle pouvait les regarder encore, comment le pouvait-elle ? Au même moment, elle se vit aussi clairement, oh non, c'était Atong. Elle vit Atong assise au piano, jouant avec passion, son expression solennelle et sacrée, pure et sereine. Et elle-même, elle-même s'élevait lentement, de plus en plus légère, de plus en plus légère, allait-elle être anéantie ?

Mais elle n'éprouvait ni peur ni ressentiment. Les personnes qu'elle aimait et qui l'aimaient étaient toutes autour d'elle. Ce départ n'était pas une tragédie. Elle regarda tour à tour Atong, sa grand-mère, son père, Qu Feng et Xiao Lin…

Sur scène, le jeu de piano d'A-Tong se métamorphosa, se muant en « Lac des cygnes ». Un doux sourire illumina son visage, rayonnant de beauté. La solitude et la tristesse habituelles avaient disparu, laissant place à la tranquillité et à la sérénité. Ce n'était plus Ruan Danbing, mais A-Tong, son âme retrouvée. A-Tong avait troqué son âme contre une expérience amoureuse ; à présent, elle comprenait enfin ce qu'était le véritable amour, le plus profond. Elle insuffla cet amour dans son jeu, atteignant une maîtrise divine et exquise. Cette musique d'un autre monde fit apparaître des cygnes de plus en plus nombreux, qui dansèrent avec grâce dans le théâtre, planant et se balançant.

Le public se leva de ses sièges en criant et en sautant, incrédule. Leurs voix tremblaient de surprise : « Des cygnes ! De vrais cygnes ! La musique de Mlle Atong a attiré des cygnes ! »

Des cygnes, de vrais cygnes ! Ils affluaient, affluaient, volant et tournoyant autour d'Atong et de Danbing, sans se soucier des gens. C'était un spectacle inimaginable, une magnificence au-delà de toute imagination, sacrée, comme un éclair fulgurant, se reflétant dans les yeux et les cœurs de chacun.

Finalement, leurs ailes s'unirent, formant un pont reliant A-Tong, près de l'estrade du piano, à Ruan Danbing, en fauteuil roulant. Ce pont masquait la vue de tous, et l'âme de Danbing, jusque-là perdue, retrouva soudain son chemin. Elle posa le pied sur le pont de cygnes, quitta le corps d'A-Tong et courut vers Ruan Danbing…

Au même moment, Grand-mère s'écria soudain : « Regarde, Danbing, Danbing ! » Qu Feng accourut et vit Danbing, dans son fauteuil roulant, bouger légèrement. Ses cils battaient comme des papillons, ses doigts tremblaient doucement, comme si elle jouait du piano. Monsieur Ruan éclata soudain en sanglots : « Danbing, Danbing a de l'espoir… »

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