"JiangHaozhe!Tuesungrandsalopard!!",ChengYongxincrielesyeuxrouges,sanssesoucierdeslarmesquicoulentsursonvisage.Ilnecomprendriendutout,pourtantilosediredeschosesaussiimpudiques!Savait-ilquecequ'ilqualifiaitde«riendegrave»étaitpourelleunechoseplusimportantequesaproprevie?Depuissonenfance,elleadmiraitfrénétiquementlefrèreJiang.Pourdevenirunefemmeexcellentedignedelui,combiendetravailetd'effortsavait-elledéployésensecret?ToutlemondedisaitqueChengYongxinavaitdesconditionsexceptionnellesetquetoutluiétaitfacileetnaturel,maispersonnenesavaitcombiendesangetdesueurelleavaitdépenséspourça...Pourbienétudier,ellen'avaitjamaisoséserelâcher,mêmependantlesjoursfériés,ellenes'étaitjamaispermisdes'amuserlibrement.Pourobtenirdebonsrésultatssportifs,ellecourraitsurletapisroulanttouslesjours,àboutdesoufflemaisobligeantàcontinuermalgréelle.Ellen'avaitpasbeaucoupdetalentpourlamusique,maiselles'obligeaitàapprendrelepianoetleguzhengqu'ellen'aimaitpas,simplementparcequelefrèreJiangjouaitd'uninstrument.Alorsqu'autruirépétaitunemélodiedeuxfois,ellelarépétaitcinqfois...ChengYongxinn'étaitpasunegénie,maisunetravailleuseassidue.Toutcequ'elleavait,ellel'avaitgagnédesonpropresangetdesessueurs.Elleentretenaitsoigneusementtoutça,déployanttoutesonénergiepourpréserverl'imaged'excellencequ'elleavaittravaillésiduràconstruireauxyeuxdetous,afinquetoutlemondelaconsidèrecommeexcellenteetdignedufrèreJiang,lapersonnelaplusimportantedesoncœur...Mais!!Ildisaitquec'étaitriendegrave!!Celasignifiait-ilqu'ilméprisaittoussesefforts,toutsontravail?Qu'ilniaitcomplètementlebutqu'elleavaittantrecherchédepuissonenfance?"Tunecomprendsriendutout!LefrèreJiangesttellementmieuxquetoi!Ilestdouxetattentionné,gentilaveclesautres,plustalentueux,pluscharismatiquequetoi.Tun'espascommelui!Toi,toi,toi...tunesaisquememaltraiter!Tunemeconsolespasquandjepleure!Je...Jetehaisàmourir!"Aprèsavoircriétoutelarancuneaccumuléedanssoncœurdepuislongtemps,ellesetournaets'enfuit,laissantlà-baslehommequirestaitbouchebée,leregardantdedos,abasourdi."Commentpourrais-jenepascomprendre...",murmura-t-il,lespaupièresbaissées,savoixgrave,chargéed'amertumeetdelassitudedanssonsoupir."Danstoncœur,lefrèreestlapersonnelaplusimportante,jenesuisriencomparéàlui...Mais,as-tudéjàsongéàmessentiments?"Leventnocturnevintagiterlesfeuillesdehors,quicraquaillentcommeunlongsoupirchargédelassitude.---Coupdedur"Yongxin,tunetepréparestoujourspas?L'heurearrivebientôt!"Lapersonnesurlecanapérestaitallongée,paresseuseetimmobile."Yongxin,aujourd'huionmangeauYiPinJu,tonrestaurantpréféré!Dépêche-toi!"Sesbeauxyeuxsecontentèrentdeclignerdespaupières,toujourssansbouger.GuanXinyienavaitenfinassezdel'indifférencedesafille,etvintlacaresserlajouerose:"Yongxin,jetedisdeteleverpourtepréparer!Tuneveuxpasallermangerenpyjama,n'est-cepas?""Maman...Est-cequejepeuxnepasyaller?"demanda-t-elled'unevoixlasse."Non!»forçaGuanXinyiàarrachersafilleducanapé,«TanteChenainvitétoutenotrefamilleàyaller.Situn'yvaspas,tumanquesdepolitesseenverselle.D'ailleurstonfrèreJiangpréféréviendraaussi.Pourquoituneveuxpasyaller?"Mèrequiconnaissaitbiensafille,ellesavaitquesachèrefillen'admiraitpaslesidolesnileschanteurs,etqu'elleétaitfollementamoureusedufilsaînédelafamilleJiang,avecquileurfamilleentretenaitdebonnesrelationsdepuistoujours.Dèsqu'elleapprenaitquecefrèreJiangseraitprésent,elleseprécipitaitplusvitequequiconque.Maiscettefois-ci,GuanXinyiallaitêtredéçue.Mêmeeninvoquantlaplusgrandedestentations,ChengYongxinnejetaqu'unregarddésinvoltesursamère,sansréagirdutout,l'airtotalementindifférente."Ehbien,Yongxin,tuasbienentendu?TonfrèreJiangpréféréviendraaussi!"Craignitquesafillen'aitpasentendu,GuanXinyirépétaunenouvellefois."Jesais."levalentementlesyeuxpourjeteruncoupd'œilàsamère,ChengYongxinavaitl'airtotalementdécouragée.Certes,lefaitquelefrèreJiangviendraitétaitunetrèsgrandetentation,maisdèsqu'ellepensaqueleodieuxJiangHaozheseraitaussiprésent,elleperdaittoutemotivation."Maman,jeneveuxpasyaller.Vousetpapayallezseulement,nevousoccupezpasdemoi.»PoussantGuanXinyi,ChengYongxin«flotta»verslecanapécommeunfantômepourserallongerànouveau.Nesupportantplusl'attitudemoroseetabattuedesafille,GuanXinyi,àboutdepatience,utilisasondernierrecours:"Peuimportecequetudis,jeveuxquetuyailles,ettuyiras!"ChengYongxinavaituntempéramentexcentrique,maisaprèstout,elleétaitunedescendantedelaracejaune,attachéeàlabelletraditionchinoisedelapiétéfilialeenpremierlieu.Aussimalgrésonrefustotal,elledutselever,s'habilleretsepréparerpoursortiravecsesparents."Oh,Yongxin,onnes'estpasvudepuisunmoment,tuesdevenueencoreplusbelle!—»tiraChenXiangmeiChengYongxinverselleenluimarmonnantdesmots,regardantGuanXinyiavecadmiration,«Xinyi,c'esttellementmieuxd'avoirunefille,elleestattentionnée!Contrairementàmongarçonstupidequipassetoutsontempsàs'amuserdehorsetquin'esttoujourspaslà!"GuanXinyi,ChenXiangmeietHeJintangétaientdescopinesd'enfance,leuramitiéétaitsolidecommeleroc.Aprèsleurmariage,leursfamillesrespectives,lafamilleCheng,lafamilleFangetlafamilleJiang,devinrentaussitrèsproches,etquandlestroisfamillesserencontraient,ellessetraitaientcommedesparents."Cen'estpasdutout!»souritGuanXinyi,«Jevoulaistoujoursavoirungarçon.Tusais,sortirenvilleavecunfilsbeauetcharmant,c'esttellementsatisfaisant.JesuislaquienviedevousetJintang,d'avoirunfilsgrandetbeau...""Jesuislaquienviedetoi,Yongxinestobéissanteetsage,contrairementàmongarçoncochon..."Regardantlesdeuxfemmesquisefélicitaientmutuellementetsouriaientauxéclats,ChengYongxineutenviederoulerdesyeux,ellen'arrivaitplusàsupporterça!Elles'asseyaitsurlecanapé,lasse,etchangeaitdechaînedetélévisionsansréfléchir,maisn'apercevaitriendecequipassaitàl'écran."Yongxin,pourquoituesseuleiciàregarderlatélévision?»Unevoixdouceetgraveparvintàsesoreilles,commeunebriselégèrequicaresse.Surprise,ellelevalatêteetvitunregardclairetdoux,elledevintmuettesursesmots:"Ji-ji-jifrèreJiang!!"Quandétait-ilarrivé?Pourquoinel'avait-ellepasremarqué?N'avait-ellepaseul'airmalpolitoutàl'heure?Cettepostureparesseusen'allait-ellepasluidonnermauvaiseaire?ChengYongxinsedemandaenpanique.«J'aiapprisauprèsdeoncleWanglasemainedernièrequetuétaisvenucheznous.Avais-tuquelquechoseàmedemander?»souritJiangChenjun.LefrèreJiangétaitvraiment...fascinant!Enregardantsesyeuxprofondsmaisclairs,ChengYongxinpensaavecuneobsessionextrême,JiangHaozhe,cecochon,n'avaitrienàvoiraveclefrèreJiang!!"Non-rien,je-jenevenaisquetrouverJiangHaozhepour-avoirquelquechoseàdiscuter.»Sousceregardtendre,elleneputs'empêcherderougiretdebattreducoeur.Qu'importeJiangHaozhe,qu'importecesragotsdésordonnés,pourceregardetcesourirechaleureuxcommelesoleildeprintempsdecehommegracieux,ellepouvaittoutpardonner,transformertoutesarageenpaix."LaChengfanatique!Pourquoitusouriscommeuneimbécile?»UnevoixmoqueuseparvintderrièreJiangChenjun,etJiangHaozhearrivalentement,l'airmoqueur.ChengYongxinn'avaitpaseuletempsderépondre,queJiangChenjunpritlaparoled'untoncalme:"Xiaozhe,commentpeux-tuparlerdeYongxincommeça?Désoles-laimmédiatement!»JiangHaozhepoussaungrognement,sonregardpleindemépris:«Quid'autrequ'elleestunefanatique?Monfrèrenesaitpasquecettefillepassetoutsontempsàte...mmmmmm—»ChengYongxinréagitviteetluibouchalabouchequin'arrêtaitpasdefairedesragots,eteutunsouriresucréquienmettaitpleinlesyeux:«FrèreJiang,euh...heinheinhein,j'aiquelquechoseàdireàJiangHaozhe,prenezvotretempspourboireduthé—»Ayantditça,elletraînaJiangHaozhedanslecouloirextérieurdusalonàunevitessefulgurante,etluisaisitlecollet,l'aird'unmonstrefarceur.«PourquoituasditçadevantlefrèreJiang?!»laregardaitd'unairfâché.Depuislongtemps,bienquecethommesachequ'elleaimesonfrère,ilsavaienttoujourseuunesortedecompréhensiontacitequiconsistaitànepasdévoilercesecret.Qu'est-cequecethommevoulaitdiremaintenant?
Essouffrantlamainqu’elleluitiraitparlecol,JiangHaozhesouritavecunairamusé:«Tuvoulaiscouriraprèsmonfrère,non?Ilnesaitpascommenttulepoursuis.Ilfautoserdirecequel’onveutetoserlefaire!J’avaispeurquetusoistroptimidepourledire,jel’aifaitexprèspourt’aider.Quelleméchanterécompensepourunebonneaction!»
«Jen’aipasbesoindetabienveillance!J’aitoutsouscontrôle!»Ellen’avaitpasbesoindesafaussegentillesse!
«Oh—vraiment?»JiangHaozherelevaseslèvresfinesenunsourireglacé,«Oh—silademoiselleChengatoutsouscontrôle,jen’airienàajouter.Seulement…attentiondenepasfinirparpleurertoi-même!»
Elleétaitunpeusurprise.«Tu…tuesentrainde…m’inquiéter?»
Cetypen’avaitpasprissonpetit-déjeunercejour-là,non?Celuiquiétaittoujoursfroidetdistantvenaitdes’inquiéterpourelle?
Étonnée,elleposasamainsursonfront,puislacomparéeàlasienne.ChengYongxinmurmuraavecsuspicion:«Çava,pasdefièvre…Alorsqu’est-cequit’arriveaujourd’hui?»
JiangHaozheétaittellementirritéparsonmot«demauvaisehumeur»qu’ileutdumalàretenirsonsouffle.Iltournalatêtedecolère,évitantsamainquireposaitsursonfront,etparlad’unevoixrudeetmenaçante:
«Jel’aidit,tuferascequetuveux!»
Illuijetaunregarddédaigneuxetretournadirectementdanssachambre.
ChengYongxinrestasurplace,totalementperplexe,sanscomprendredutout.
Cetype…qu’est-cequ’ilfout?
Plustard,audîner,saperplexitétrouvaenfinuneréponse.
«Xinyi,tuvois,parminostroisfamilles,tueslaseuleàavoireuunefille.Pourquoinepaslaissertafillechoisirparminostroisfils?Commeondit,ilnefautpasgaspillerl’eauquicouledanssonproprejardin!»ditChenXiangmeienplaisantantpendantlerepas.
ChengYongxinrougitviolemment,plusrougequelescrevettessaucesojasurlatable,etn’osaitpasleverlatête,nefaisantquemangeràbâtonsrompus.
«D’accord,Xinyi.LaisseYongxinchoisircellequ’ellepréfère.Mesdeuxfils,siellen’apasdereprocheàfaire,ellepeutenchoisirun!»AjoutaHeJintangpourajouteràlafête.
GuanXinyijetaunregardsignificatifàsafille,quimâchaitàviveallure,etsourit:«D’accord,jevaischoisirungendrepourquenostroisfamillesdeviennentencoreplusproches.»
«Maman—»appelaChengYongxinavecunsentimentd’échec,honteuseetgênée,voulantcreuseruntroudanslesolpours’ycacher.Commentsapropremèrepouvait-ellesejoindreàcesplaisanteries???
«Laissez-moivoir—»repritGuanXinyiencomptantsursesdoigts,commesielleréfléchissaitsérieusement:«XiaoxuestplusjeunequeYongxind’unan…XiaochenestplusâgéqueYongxindesixans…QuantàXiaoZhe,ilestdumêmeâgequeYongxin,seulementtroismoisplusvieux—»
«C’estparfait!»répliquaviteChenXiangmei,«Ilsontlemêmeâgeetsontdanslamêmeclasse,leursécolessontjusteàcôté,c’estuncoupleidéal!»
«Exactement!»ditHeJintangcommesiellevenaitdeprendreconsciencedequelquechose,s’approchantd’elleavecunsourire:«Yongxin,qu’enpenses-tudemonfilsXiaoZhe?Jenemevantepas,monfilsestvraimentunbongarçon!»
ChengYongxinbaissaitlatêtetellementqu’elleallaitlacacherdanssonbolderiz,maislestroisfemmess’amusèrenttellementqu’ellesnevoulaientpaslalâcher.
«Pourtant,j’aientendudirequelesfillesmarientgénéralementdeshommesplusâquésqu’elles»soupiraChenXiangmeiavecregret,«Monfilsn’apasdechance,maisj’aimeraistantqueYongnieviennevivrechezmoicommebelle-fille!»
«Héhé,mesdeuxfilssontplusâgésqueYongxin!»souritHeJintangavecjoie,«SiYongxinn’aimepasXiaoZhe,j’aiencoreXiaochen!Deuxchoix,choisiscellequetuveux,tanteHes’occuperadetout!»
«TanteHe,jevraiment…»
«Yongxin,nesoispasgênée.Situveuxvenirvivrecheznous,tanteHeaccepteral’unoul’autre!»
«Ahbon—»souritGuanXinyiavecunairmystérieux,«Jintang,mafilleYongxinatoujoursétéattachéeàtonfilsXiaochendepuisqu’elleestpetite,etmoiaussijel’aimebien.Çadépenddesitu,entantquemère,esprêteàteséparerdelui!»
Maman—?!!ChengYongxinlevalatêteavecstupeur,ettombasurlesouriresatisaitdesamère.
«Qu’est-cequejepourraisrefuser?»agitalamainHeJintangavecuneairgénéreux.
Normalement,cen’étaitquedesfemmesàtable,etonauraitpuprendrecespropospourdesplaisanteriesetrireunpeu.MaisHeJintangnes’arrêtapaslà,etalladirectementàl’autretable,saisitJiangChenjunetluiditàl’oreille:«Hé,mongarçon,tamèreaarrangéunmariagepourtoiaujourd’hui.MarieslademoiselleYongxindansquelquesannées,tucomprends?»
CesparolesdeHeJintanglaissaienttousleshommessurleursgardes,totalementperplexes.JiangHaozheeutlafigurenoireimmédiatement,tandisqueChengQideetFangLinyuanconnaissaientbienlanaturedeleurfemme,etriirenthautavantdepasseràd’autressujets.JiangJingtingeutunairabasourdi:«Chérie,tuasl’airdérangée?Tun’oubliespasqu’ondoitdîneraveclapetiteamiedeXiaochendansdeuxjours?Pourquoituluiarrangesunmariagecommeça?»
«Oh!»criaHeJintangenserendantcompte,ensebattantlatête,«Regardemamémoire!»
Puisellerevintavecunairdésolé:«Yongxin,jesuisdésolée,j’aioubliéqueXiaochenadéjàunepetiteamie.Pourrais-tuconsidérermonfilsXiaoZhe?C’estaussiunbongarçon!»
DepuislesparolesdupèredeJiang,latêtedeChengYongxinavaitexplosécommeuncoupdecanon,sonespritétaitenchaos,ellen’entendaitplusrien.EllenevoyaitquelabouchedeHeJintangquis’ouvraitetsefermaitcommeunpoissonsansairdevantelle,etriend’autre.
Elles’efforçadereprendresesesprits,souritdoucementàHeJintang:«TanteHe,neplaisantezpas!CommentlefrèreJiangpourrait-ilépouserunepetitefillecommemoi?D’ailleurs,moiaussi…»
Elles’arrêtabrusquement,carsiellecontinuait,seslarmesallaientcouleràflot.
«Cen’estpasuneplaisanterie,jeveuxvraimentqueYongnieviennevivrecheznous…»s’efforçadesejustifierHeJintang,maisvoyantl’airindifférentdeChengYongxin,elles’arrêtaégalement.
Lerestedurepas,ChengYongxinmangeacommesiellemâchaitducarton,mettantdelanourrituredanssaboucheparhabitude,mêmelesplatslesplusdélicieuxn’avaientplusaucungoûtdanssabouche.
Chaquebouchée,soncœurétaittellementdouloureux…
LeComplot
«…Ledépartementdel’OrganisationetledépartementdesÉtudessechargerontdelaplanificationgénérale,ledépartementdesArtsetledépartementdelaCommunicationdelamobilisationetdelapublicité,ledépartementdesSportsdepréparerlesévénements,etlesautresdépartementsapporterontleursoutien.Lesecrétairegénéral,levice-présidentetmoi-mêmeformeronsungroupedecommandementpourl’ensembledelaplanificationetdelacoordination…»
Danslebureauderéunionduconseildesélèvesdel’écolesecondaireYuluo,ChengYongxinarrangeaitlesplansduanniversairedel’écoleavecunairsérieux.Sonvisageétaitsérieuxetrigoureux,soncalmeetsonassurancedégageaientl’imaged’uneprésidenteduconseildesélèvescompétente,cequifaisaitquechaquechefdedépartementautourd’elleétaitàlafoisadmiratifetrespectueux.Biensûr,àl’exceptiondedeuxpersonnes.
CesdeuxexceptionsétaientnaturellementFangYuetSuYing.EllesconnaissaientChengYongxindepuisbienlongtemps,etconnaissaientparfaitementsontalentpourlemensongeparfait,etn’étaientpasdupesparl’imagequ’elleseconstruisait.Maismaintenant—
«Hé,Xiaoying,tutrouvesqueYongxincesdernierstemps…estunpeuétrange?»
Masquantsabouchedesamain,ellepiquadiscrètementsonvoisinSuYing,etluifitunsignedelatête.
«Tupensesaussiça?»demandaSuYingensurprise,entouchantseslunettes,«Jepensaisquej’étaisnerveuse,maissitudislamêmechose…»
MêmeFangYu,quiavaittoujoursétédistraite,avaitremarquéquequelquechoseclochaitchezYongxin,cequisignifiaitqueChengYongxinavaitvraimentunproblème.
C’étaitd’ailleursnormal:unepersonnequiavaittoujoursjouélerôle,quis’étaittoujoursserviedesonvisagepourtromperlesautresetselaisseralleràlaparesseetauxcaprices,soudainementdevenaitsérieuseetsérieuse,ettravaillaitavecdiligence…Ilétaitnormalquel’ontrouveçaétrange!
ChengYongxinavaitvraimentchangé,etchangécomplètement.Mêmesisonimagedevanttoutlemonderestaitaussiparfaitequejamais,FangYuetSuYingpouvaientclairementsentirqu’ilyavaitquelquechosequiclochaitchezelle.
EllequiriaitdeboncœurenregardantunephotodeJiangChenjundepuislongtemps,ellen’étaitplusdutoutlamême.Pireencore,ellequiavaittoujoursbesoinquelesdeuxautreslapressentpourapprouverlesdemandesetlesdocumentsduconseildesélèves,n’avaitplusbesoindepersonnepourlapresser,ellefinissaittoutautomatiquement,avecuneefficacitéincroyable.SicechangementanormaldeChengYongxinfaisaitplaisiràFangYuetSuYing,çaleurparaissaitaussiétrangedansleurcorps—
C'estcompréhensible:quelqu'unquid'ordinairedittoutcequiluipasseparlatête,quiritetsedéchaîneàtoutboutdechamp,quisoudainvoussouritdoucementetvousparleàvoixbasse–nonseulementFangYu,quiatoujoursétéextravertie,maismêmeSuYing,quicachegénéralementsesémotions,aeulachairdepoulesurlamoitiédesoncorps.ChengYongxinavaitl'airaussieffrayantequepossible.
«Yongxinn'apasreçuuncoupdegueuleouquelquechosecommeça?»Bienquesaphrasesoitinterrogative,letondeFangYuétaitextrêmementaffirmatif.Quandquelqu'unchangeaussiradicalementenunenuit,c'estforcémentàlasuited'unévénementimprévu.
«TunecroispasquecesoitàcausedelarumeursurJiangHaozhe?»
«Jepensequenon...»SuYingréfléchit,puislevalentementlatêtepourregarderChengYongxinassisesurlachaiseprésidentielle.
«Çadoitavoirunrapportavecce...frèreJiang,non?»
Sonvisagegracieux,cachéparsescheveuxnoirs,sesyeuxdouxsousdessourcilsfins,sonnezdroitetseslèvresminceslégèrementrelevéesformantunsourirevague:n'importequellefemmeauraitenviedepenserquecesyeuxlaregardentexclusivement,quecesouriren'apparaîtquedevantelle–ceseraitlebonheuraumonde.
Malheureusement,cesyeux,cesourireneluiappartiendrontjamais.Sesyeux,seslèvres,sonsourireappartiendrontàuneautrejeunefilleinconnue.Peuimportecombienellelessuitdeprès,peuimportequ'elles'yjetteàcorpsperdupours'approcher,ladistanceentreeuxesttoujoursàlafoissiprocheetsiloin.FrèreJiangsetrouvetoujoursàunendroitqu'ellenepeutpasapercevoirmêmeensetenantsurlapointedespieds.ElleestcommelaPetiteSirènedescontesdeféesd'Andersen,quiregardesanscesselastatueduprinceaufonddelamer,quiamêmequittélamerpourvenirsurterre,maisleprincefinitparépouserlaprincessedupaysvoisin...
FrèreJiangaunecopine...
Aumomentoùelleaentenducettenouvelle,elleaétéfrappéecommeparlafoudre.Ellenesesouvientpluscommentelleadînénicommentelleestrentréechezelle.Sespenséesn'étaientquecesmots:FrèreJiangaunecopine...Çarésonnaitsanscessedanssatête,sanscesse,sanscesse...
Alorselles'estmiseàoccuperelle-mêmelepluspossible.Aumoins,quandelleétaittropfatiguéepourrespirer,ellepourraitpensermoins,pensermoins,etsonhumeurseraitmeilleure,soncœurneferaitpassimal.
FrèreJiangn'estpasseulementunmodèleparfaitpourelle,c'estaussil'objetdesesdésirsdepuisl'enfance.Sicen'étaitpasunvéritableamour,pourquoiaurait-elleeulevertigeenapprenantqu'ilavaitunecopine,etpourquoichaquefoisqu'elleypensait,elleressentaitunedouleursourde?
RegardantfixementlaphotodeJiangChenjunqu'elleavaitpriseensecret,ChengYongxins'esteffondréesursonlitetacommencéàrêverer.
D'ordinaire,elleallaitàl'écoleetlajournéepassaitassezvite.Maisaujourd'huic'étaitdimanche,letempsétaitdevenuvide,etlespenséesqu'elleavaitsoigneusementignoréesetrefouléesluisontrevenuesubrepticement,alourdissantencoresoncœurdéjàlourd.
«Ah—»Ellesoupira,selevaetpréparadeprendreunlivrepours'occuper,detoutefaçonc'étaitmieuxquederesterallongéeàrêvasser!
C'étaitcequ'ellepensait,quandlaporteasoudainementétéfrappée.Lavoixdel'ouvrièreXiaohuivintdel'extérieur:
«MademoiselleYongxin,lejeunemaîtredelafamilleJiangestvenu.Madamem'ademandédevousappelerdescendre.»
FrèreJiangestvenu?!
ChengYongxinasurgisursespiedsparréflexe,prêteàcourirverslaporte,maiselleahésité.
PourquoiFrèreJiangest-ilvenu?Maintenant,siellelerencontrait,serait-cevraimentbien?
Chaquerencontrepourraitfairerenaîtrel'espoirqu'elleavaitdécidédetuer,puiselleseraitànouveauirrémédiablementpriseaupiège,inconscientequ'iln'yaaucunespoirmaisincapabledes'échapper,demoinsenmoinscapabledesedétacher.
Maissoncœurluidisaitclairementqu'ellevoulaitlevoir!EllevoulaittellementvoirFrèreJiang,même...mêmesicen'étaitquepourluidirebonjouravecunsourire,ellevoulaitlevoir!
Aprèsavoirhésitéunbonmoment,elleafinalementdécidéd'êtrefidèleàelle-même.ChengYongxindescenditl'escalierlespiedschancelants,etquandellevitlapersonnedanslesalon,sonvisibletombaimmédiatement.
«C'esttoi!»
Nevoyantpaslevisageélégantqu'elleattendait,lavoixdeChengYongxintrahissaitsadéception.