Chapitre 9

ChengYongxinritsoudainement,sansécouterlescrissurprisdeMoZijinderrièreelle,elleaccéléralepaspourrattraperlasilhouettequimarchaitdevantelle.Aprèsavoirhésitétroissecondes,ellefinitpartendrelamainpoursaisirlamainquiluiétaittendue,etquandilsentitsapaumelarecouvrir,sescinqdoigtslongsserefermèrentlégèrementpourlaserrerdanssamain,unechaleurdoucequivenaitdesapaumeatteignaitlasienne,chaude,aussiconfortablequebaignéeausoleil.

ChengYongxinsecachaitlabouchepourrireensecret,sesgrandsyeuxdechatdétournéspourjeteruncoupd'œilauprofilimpassibledeJiangHaozhe.Pouruneraisoninconnue,ellenetrouvaitpasçadésagréable—

Peut-êtrequecetypen'étaitpasaussidétestablequ'ellel'imaginait,pensa-t-elle.

Maiscettepaixetcettesérénitén'ontduréquequelquesinstants—

"Chenglafarouche!Pourquoiris-tudelasorte?C'estdégueulasse!"

"Tu...tudisquoi!C'estlafaçondesourirelaplusparfaite!C'esttoiquiasungoûtartistiquemauvaispourosermedireça!"

"Tuesjustestupideetturefusesdel'admettre!Quiaconfondulesapindesojaetlapatatedoucetoutàl'heure?"

"Toiaussituasconfondul'ailetl'oignon!Qu'est-cequetutepermitsdedire!..."

"Jen'avaisqu'uneerreurdeconscience,toituavaisuneerreurdeconnaissances,cen'estpasdumêmeniveau!"

"Quelniveau!Tut'estrompé,c'esttout!Arrêtedetejustifier!"

"Tu..."

Surlaterredoréeetchaudedusoleild'automne,iln'yavaitpasseulementlalumièredusoleil,maisaussilesdisputeshabituellesdesdeuxpersonnes.Seulement,lesdeuxavaientoubliéinvolontairementqueleursmainsétaientencorejointes,serréesl'unedansl'autre,traçantunarcparfaitdansl'air,commeunfilrougeattaché...

Imbécile

Effrayant!Extrêmementeffrayant!

LasecrétaireduLycéeYouluo,surnommée«laFemmeZhuge»,lacamaradeSuYing,estactuellementconfrontéeàlasituationlaplusterrantedeses17ansdevie,etce,biensûr,danslaréalité,pasdansunrêve!

ChengYongxinaperdularaison!

Pourêtreprécis,lesactionsdeChengYongxinàl’heureactuellesontabsolumenthorsdeses«comportementsnormaux»,etcesontdeschosesincroyables!

Sil’onditquele«travailacharné»deChengYongxintoutelajournéeprécédenteétaitleprésagedesafolie,alorssesactionsactuelles,SuYingpeutabsolumentlesqualifierdeprésentcontinud’«dérangementmental».

Danslevastebureaudusyndicatétudiant,onvoitlesdeuxprésidentsdusyndicatétudiantdeYouluoetNanzhanchacunassisdansuncoindubureaurectangulaire,examinantlesdocumentsqu’ilstiennentenmain,échangeantparfoisquelquesopinionsenvoixbasse.Lesoleild’après-midid’automnequibaignel’airprojetteunelumièredoucesurleursdeuxcorps,émettantunechaleuretunepaix,toutcommel’atmosphèrequilesentoure.

C’estimpossible!

Sansparlerd’autrechose,elleneconnaîtpasletempéramentdeYongxin:chaquefoisqu’ellefaitfaceàJiangHaozhe,elleletraitecommesonpireennemi,souhaitantdetoutsoncœurlecouperenhuitmorceaux,lesaupoudrerdeseletleexposerdanslanaturepoursevenger!UnepersonnequihaitJiangHaozheàenrongerlesdents,commentpeut-ellemaintenants’entendretranquillementassiseavecsonpireennemi,etencoremoinstravaillerensembledansunetellequiétude!

C’esttriste—lepremierprésidentdusyndicatétudiantdel’histoiredeYouluoquiaperdularaisonsouslepoidsdutravail!

SuYingsefrottaitlesyeuxensecret,leslarmesauxyeux.

«Yong—xin…Yong…xin…»Wouhouhou—SuYingregrettaitaufondd’elle-mêmedel’avoirtroppousséeparlepassé.MaintenantqueYongxinauntroublemental,commentpourrait-ellesupporterdelalaissercontinueràtravailler?

ChengYongxinregardaitperplexeSuYing,quiavaitl’airaffligécommesivenaitdeperdresesparents,necomprenantpaspourquoielleavaitunairaussisolennel.Ellefronçasesbeauxsourcils,réfléchituninstant,puissouritavecgrâce:«Xiaoying,qu’est-cequit’arrive?Tonteintestsipâle.Situnetesenspasbien,demandeuncongépourrentrercheztoi,jet’approuve.»

Wouhouhou—Yongxin…commentpeux-tuencoreêtreaussigentilleavecelle?Elleestunecoupable!Elledoitfairepénitence!Elledoitabsolumentfairepénitence!QueDieupardonnecettecoupable—

Sefrottantlesyeux,SuYingsortitprécipitammentdubureau,laissantseulementChengYongxinetJiangHaozhefaceàface,égalementperplexesetdéconcertés.

«Vous…lesgensdeYouluo,sontvraiment—particuliers.»Tousselégèrement,JiangHaozhehésitalongtempsavantdechoisirunmotquineblesseraitpastrop.

«C’estpeut-êtreparcequ’onatroptravaillécestemps-cietquelapressionesttropforte.»ChengYongxinhaussalesépaules,airdésinvolte.

Lafêtedel’établissementscolaireétaitimminente,lesaffairesdesdeuxécolesdevenaientsoudainementpluslourdes,etlefardeausurlesépaulesdesmembresdusyndicatétudiantdevenaitpluslourd.Àprésent,danslesdeuxécoles,onutiliselesfillescommedesgarçonsetlesgarçonscommedesbêtes.LaréactiondeSuYingétaitassezbonne,onnepouvaitlaqualifierquedetroublemental,aumoinsellenereprésentaitpasdemenacepoursapropresécuritéoucelledesautres.Quelquesjoursplustôt,FangYuavaitenfineuassez,avaitcriéensortantdubureau,puisétaitallésebattrecontredesvoyousdelarueavecrage,etlesdeuxavaientfiniparsefairemal,etétaienttoujoursàl’hôpital.Celan’afaitqu’empirerlasituationpourYouluo,quimanquaitdéjàdepersonnel.C’estpourquoiChengYongxin,aulieudeprofiterdesondimanchebienmérité,devaittraînerJiangHaozheàYouluopourtravaillerdur.

Oh—cen’estdéjàriendedevoirresteràl’écoleundimancheoùonn’auraitpasdûalleràl’école,maisc’estprécisémentaveccetype-là—ellejetaunregardnarquoissurlestraitsfaciauxquiressemblaientàmoitiéàceuxdel’hommequ’elleadmirait,etsoupiraaufondd’elle-même.

Peut-êtreavait-elleététellementfrappéeparlanouvellequelefrèreJiangavaitunepetiteamie,qu’àprésent,faceàcetypequ’ellehaïssaittant,qu’ellen’avaitpresquepasoséluifairedumal,sonémotionétaitétonnammentcalme,sansaucuneémotiontumultueuse,seulementunepaixcommedel’eaumorte.

«Hé,tucomptesvraimentabandonnermonfrère?»

ChengYongxinlevalatêtesurprise,déconcertéeparlaquestioninattenduedeJiangHaozhe.Elleleregardalongtemps,ouvrantetfermantsaboucheplusieursfois,avantdecracherquelquesmotssecscommedufoin:«…P-pourquoitudemandesçatoutàcoup?»

«Jesuiscurieux.»Appuyantsonmentonsursamain,JiangHaozhelaregardaparesseusement,essayantdedonnerl’impressionde«demanderparcuriosité»,bienqu’ilvoulaitvraimentsavoirlaréponse.

«Tacuriositéennuyeuseestvraimenttropforte…»MarmonnaChengYongxin.Depuisqu’elleavaitapprislanouvellequelefrèreJiangavaitunepetiteamieàlaboutiqueYipinju,elleétaitdansuneattitudederésistancepassive:nepasypenser,nepasyréfléchir,nepastouchermêmeunmotsurcesujet,s’efforçantdefairesondevoird’étudianteetsesfonctionsdeprésidentedusyndicatétudiant.Elletravaillaitsidurpourl’éviter,parcequ’ellenevoulaitpasaffronterlefaitqu’elleétaitenruptured’amour,etilnefallaitpasqu’illamentionnesidirectement,etencoremoinsavecunetellefranchise.

«…FrèreJiang,jel’aimevraiment.»Aprèsavoirréfléchilongtemps,ChengYongxincommençalentement,sonvisageilluminéd’unsourirediscret,pascesourire«professionnel»qu’elleportaitd’habitude,maisunvéritablefluxd’émotions.Sonsouriretimidemélangéàunelégèreamertume,cesouriredansl’aird’automnesolitaire,semblaitparticulièrementsolitaire.

JiangHaozhefutunpeusurpris.Biensûr,ilsavaitqu’elleaimaitsonfrère,maisiln’avaitpasimaginéquesonaffectionpoursonfrèreétaitsiprofonde…toutcommeiln’avaitpasimaginénonplusquesonpropreaffectionpourelleétaitaussiintense…

Cejour-lààlaboutiqueYipinju,quandelleappritlanouvellequesonfrèreavaitunepetiteamie,sesyeuxavaientrougi,maiselleavaitdûgarderunairindifférentpourcontinueràrireetàparleraveclesgensautourd’elle.Ilavaiteuenviedeluidire:«Nefaispasça…»Maislesmotsétaientrevenusdanssaboucheàplusieursreprises,iln’avaitjamaisosélesprononcer.

Ilnesavaitpascequ’ilpensait:sielleétaitenruptured’amour,n’était-cepasuneexcellenteoccasionpourlui?Maispourquoi,envoyantsonvisageforcédesourire,sentait-ilqu’ilétaitcoupable?Est-cequ’ill’avaitblesséeparinadvertance?

Peut-êtreétait-celafautedesonpropreégoïsmesubconscient:ilsavaitdepuislongtempsquesonfrèreavaitunepetiteamie,maisilavaitgardélesilence…

«Enfait,toutlemondepensequemonamourpourlefrèreJiangn’estqu’une憧憬dejeunefille,ouuneadmirationpourunfrèreaîné,n’est-cepas?»ChengYongxinsouritlégèrement,secouantlatête.«Cen’estpaslecas.Jeconnaisparfaitementmespropressentiments.Sicen’étaitqu’unesimpleadmiration,ceseraitbien,aumoinsjenemesentiraispasdedouleur,detristesse…Ladouleur,tusais?C’estcommedesmilliersd’aiguillesquipercentlapartielaplustendredetoncœur,onnepeutpaspleurer,onnepeutpascrier,c’estcesentimentquiestleplusdouloureux…Mais—»

Ellesouritencore,unsourirenarquois.«Maismaintenant,ilestvraimenttempsd’abandonner.Cen’estqu’unamournonréciproque…Bienquemonaffectionnerecevrajamaisderéponse,jesouhaitequandmêmeluidonnerunebonneimpressionàlafin.Unebonnefillesaitsavoirquandreculer.Puisquecen’estpaslamienne,ilvautmieuxlalâcheravecgrâce.Aumoins,dansdesannées,silefrèreJiangs’ensouvient,ilpourradire…elleétaitunebonnefille,quicomprenaitbien…lesrègles…»

C’estuneétrangesensation:elleriait,n’est-cepas?Alorspourquoisonnezavait-illamêmegênequequandilaunrhume?Latristessequ’elleavaitrefouléedanssoncœurdepuissilongtempss’échappasoudainementcommeunemarée,parvagues,lasubmergeantcomplètement,puisilsemblaityavoirquelquechosequitombaitdesesyeux,formantunepetiteflaquesurlatableenboisparfaitementcirée,commeunfragmentdeverrebrisé…

Unesensationdechaleurinconnuevinttouchersescils.ChengYongxinlevalatête,stupéfaite:c’étaitJiangHaozhe!Sonpoucevenaitdetouchersespaupières,commepourarrêterseslarmes.Elleleregardaitidiotement,leslarmesembuantsesyeux,incapablededistinguersonvisage,n’entendantquesavoix,basse,commesiellevenaitdeprendreunedécisionimportante—

«Puisquetunepeuxpaslâcherprise,neteforcepasàlâcher…Jusqu’àlafin,personnenesaitlerésultat,n’est-cepas?»

ChengYongxinécarquillalesyeux,stupéfaite,laregardant.

Qu’est-cequ’ilvoulaitdire?Est-cequ’il…ilencourageaitànepasabandonneraussifacilement?Il…illaconsolait?

C’estimpossible!CeJiangHaozhequinefaisaitquejeterdelapoudreauxyeux,ceJiangHaozhequinefaisaitquelaregarderavecunairméprisantetl’appelait«lafanatiquedeCheng»,ceJiangHaozhe…quilaconsolait?

Elleleregardaitidiotement,etluilaregardaitaussiensilence.Levastebureauétaitsilencieux,seulementleursrespirations.Quandlesdeuxmaintenaientcetteimpasse,laportes’ouvritsoudainement,etunevoixmasculinedouceetagréableretentit.

«Xiaozhe,Yongxin,qu’est-cequevousfaiteslà?»

Lesdeuxlevèrentlatêteparréflexe,puisfurenttouslesdeuxstupéfaits.

«…Frère?»

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