Chapitre 11

«Ce…FrèreJiang—»Encoupantlespetitsgâteauxdesonassietteenpetitsmorceauxpourralentirsonrythmederepas,ChengYongxins’exprimeavecprécaution.

«Hmm?»JiangChenjunrestetoujourssouriant,visiblementdebonnehumeur.

«Quellesortedepersonneestla…copinedeFrèreJiang?»Aprèsavoirhésitéethésité,rassemblétoutsoncourage,elleparvientenfinàposerlaquestion.

JiangChenjunsourit,etfroisseparhabitudesescheveuxdouxetbrillants:«PourquoiYongxins’intéressesoudainementàlacopinedeFrèreJiang?»

«Moi…moi…euh…Parcuriosité,c’esttout.»Elleessaiedefairecommesiderienn’était,répondantsansrougirnihaleter,maissoncœurbatdéjààbloc.

ElleveutvraimentsavoiràquoiressemblelapersonnequeFrèreJiangaime!

ElleavaitdéjàposélaquestionàJiangHaozhe,mais—

«Douce,belle,généreuse,charmante,pleinedecourtoisie,bienélevée,detempéramentdoux,debelleapparence,taillehaute,courbesgénéreuses,trèsinstruit,érudit,familleaisée,origineirréprochable.»

Faceàsaquestion,JiangHaozheluiréponditsansleverlatête,puisajoutad’unevoixfroide:«Tupeuxchoisirn’importelequeldecesadjectifs,ilscorrespondenttousàelle.Abandonne,tunepeuxpaslabattre.»

Abandonner!Commentpourrait-elleabandonnercommeça!QuiestChengYongxin?C’estunefemmequilutteavecténacitépourl’amourdepuisl’âgedehuitans!Commentpourrait-elleabandonnersansconnaîtrel’identitéexactedesarivale?Mêmesielledevaitabandonner,elleleferaitensachantparfaitementpourquoi,etnonpasselaisservaincresanscomprendre.Ellenefermeraitpaslesyeuxdesamort!

JiangChenjunétaitfranche:peut-êtrequ’iln’yavaitriendecaché:«Sionneconsidèrequel’apparence,elleesttrèsordinaire.Ellen’estpasaussibellequetoi,Yongxin,etn’estpasaussigrandequetoi.Maiselleesttoujoursoptimiste.Cecaractère…jeletrouvetrèsmignon.»

Çasuffit—

Çasuffit…

C’estcequ’onappellelecœurcomplètementbrisé,n’est-cepas?ChengYongxinsepincefortementlacuisse,forçantladouleuràretenirleslarmesquimontaientauxyeux.

LaréponsedeFrèreJiangestsifranchequ’ellenepeutplussetromperelle-même.Mêmequandilneparlequed’elle,ilsouritavecuntelbonheur.Mêmesielleétaitstupide,elleauraitcomprisqu’iln’yavaitplusaucuneplacepourelle—

JiangHaozhe,bienquetum’aiesditdenepasabandonner,etquejeneveuillepasabandonnernonplus,maiscommentpuis-jefaire…

Ellelèvelatête,etdéploitunsourire,irréeletbeau:«Alors…FrèreJiang,jetefélicite.J’espèrequevousserezheureux.»

«Merci.»LesouriredeJiangChenjunestaussitendrequetoujours,maispoursesyeux,cen’estplusl’excitationetlajoied’autrefois.Seulunamertumelourdecommelamaréemontepourl’engloutir.

Aujourd’hui,letroismilledeuxcentvingt-septièmejourdesonsecretamourpourlui,sonsecretamourdetantd’annéesestenfinarrivéàsafin.Elleaprissadernièredécision—

Lerêvequ’elleatantchassés’estréveillé,etils’estbrisé…

Hésitation

Chuchotement,chuchotement—

L’eaufroidetombesursatête,évacuantlachaleuraccumuléeaprèslecoursd’éducationphysique.JiangHaozhetendlamainpourfermerlerobinet,prendlaserviettesècheposéeàcôtépouressuyersescheveuxmouillés,etpousselaportedelasalledebains.Illèvelatête,lecœurlourd.

…Puisquetunepeuxpaslâcherprise,neteforcepasàlâcher…Jusqu’aubout,personnenesaitcequivaarriver,n’est-cepas…

Pourquoiai-jeditcesmots?Àl’époque,sij’avaisétéplusdur,sijel’avaisunpeublessée,elleauraitpeut-êtrevraimentcesséd’aimerlegrandfrère.Maispourquoi…

Ilestpeut-êtrelapersonnequilaconnaîtlemieuxparmitousceuxqu’elleconnaît.Parcequesurleplansentimental,personned’autren’aunesituationaussisimilaireàlasienne.Commesonproprechagrinetsonrefusdeserendre,commentpourrait-ellerenonceràl’amourqu’elleacultivépendanttantd’années?Leregardqu’elleportesurlegrandfrèreestlemêmequeceluiqu’ilportesurelle.Aprèstantd’annéesd’attenteetd’espoir,ilestaussiardentqu’audébut,etilespèretoujoursquesonsentimentseraréciproqué.Mêmesicen’estpaslecas,chaqueregard,chaquerencontreluiapporteunesatisfactionetunejoie…

C’estpourquoiilademandéàorganiserunecollaborationentrelesdeuxécolespourl’anniversairedeleurfondation,dansl’espoirdepouvoirs’approcherd’elle,delavoirsouriredeprès,sesgestesetsesexpressionschangeantes.Ellenesaurajamais,jamais,àquelpointsonsourireousonairencolèreluisemblentenchanteurs,commeunaimantquiattiretouteslesattentions.

Ilsaitbientousleseffortsqu’elleadéployéspourmériterlegrandfrère,maisellenesaitpascombiendesoinsiladépenséspourlagardersoussonœil!

Ellenesaurajamaisquelasalledepianooùelleprenddescoursestjusteàcôtédelasalledeviolonqu’ilademandéeexpressémentauprofesseur;ellenesaurajamaisqu’illasuitdiscrètementderrièreellechaquematinquandellefaitsacourseàpied;ellenesaurajamaisqu’ilrestesilencieusementdel’autrecôtéquandelleétudielesoir,jusqu’àcequelalumièredesachambres’éteigne…

Elleaimelacalmedugrandfrère,doncilnecherchepasàcontrôlersesémotions,etsemontrecalmeetdignedeconfiance.

Elleaimel’excellencedugrandfrère,doncilneveutpasêtreordinaire,etn’ajamaiscessédesedistinguerdepuissonenfance.

Lapersonnequ’ilestaujourd’huiaétéengrandepartiemodeléesoussoninfluence.Maisaprèsêtreentréaulycée,ilacomprisquepeuimportecombienilimitelegrandfrère,ilnedeviendrajamaisluiauxyeuxd’elle,etnepourrajamaisatteindresaposition.C’estpourquoi,faceàelle,ilcherchetoujoursàlamoquer,àlataquiner,àneplusavoirlabonnegrâcequ’ilmontrehabituellement.Maisilsaitquec’estlaseulefaçondeluifaireprendreconsciencedesonexistence.

Maispeuimportesesefforts,soncœurneluiaccordejamaisdeplace.Pourelle,iln’estquelapersonnequ’elledoitflatter,lefuturbeau-frère…Quepeut-ilbienfairedanscettesituation?Quepeut-ilencorefaire?

JiangHaozhe,tuesunimbécile!

Ilsoulèvelalèvresupérieure,etdéploitunsourirelégeretamer,semoquantdelui-même.

Tuastoutfaitdetonmieux,maistun'obtienstoujoursaucuneréponsedesapart,etelleteconsidèremêmecommeunennemiett'évitecommelapeste.Est-cevraimentunsuccèsouunéchec?

Boum—

Unfracasretentit,laporteaétépousséebrutalement,rompantsaméditation.Illevalatêteparréflexe,puisrestafigé.

«Mo…Zijin?»

Ilfallutqu'ilréfléchisseunbonmomentpourreconnaîtrelapersonnequiétaitentréeencourant,bouleversée.Àcausedesacourseprécipitée,lescheveuxdeMoZijinétaientendésordre,totalementdépourvusdececôtédétenduetpaisiblequ'ilsavaienthabituellement,etilavaitl'airquelquepeugêné.

«Quiestcettepersonne!»

MoZijinentraetcriad'emblée,sansménagement.

«Situveuxfairelafolle,vadansunhôpitalpsychiatrique,nevienspasfairetonshowdansleBureaudesétudiants.»JiangHaozheconservasontoncalme.MêmesiMoZijinn'avaitpaseuunesantémentairestabledepuisdesmois,aujourd'huiilsemblaitparticulièrementdérangé.

Hah…Qu'est-ilarrivéàcemonde?Yongxinestdevenueétrange,lui-même,quiétaittoujourscalmeetmaîtrisé,aperdusonsang-froidd'antan,etmaintenantenplusunautrecommeça…Lemondeestvraimentdevenufou.

«Cettepersonne!Cettepersonne!»LacolèredeMoZijinavaitmodifiésonvisage,iltenaitunephotoentresesdeuxmainsetlatenaitdevantlesyeuxdeJiangHaozhe,savoixétaitdevenuehystérique,«Quiestcethomme?!»

JiangHaozheleregardad'unairperplexe,etd'unseulcoupd'œil,ilcomprit,etsoncœurseserrabrutalement.

«C'estChengYongxin.Quoi,tunelareconnaispas?Tulapoursuis,non?»Ilfeignitdenepascomprendre,endéformantvolontairementlaquestion.

«Cen'estpascequejetedemande!Jeveuxsavoirquiestcethomme!»MoZijinavaitl'aird'avoirsubiundurcoup,sesdoigtstremblaientmême.

Cettefois,JiangHaozhen'avaitmêmepaslaparessedeleverlatête:«Monfrère.»

«Qu…Quoi?!!Tonfrère?!»MoZijinécarquillasesyeux,ilavaitmanifestementdumalàassimilercetteréponse,«Elle…ellepourquoiserait-elleavectonfrère…etaveccetteexpression!»

Cetteexpression…

Également,lesourirequ'elleluiadressaitétaitsiradieuxquequiconquepourraitcomprendreenuncoupd'œilqu'ils'agissaitdusourired'unejeuneamoureusepourl'objetdesonaffection.Aumoins,devantlui,Yongxinn'avaitjamaissouricommeça,avecunetellejoie,unetelleextase,commesiellerayonnaitdelumière,onnepouvaitdétachersesyeuxd'elle…

«C'estnormal,parcequ'elleaimemonfrère.»Ilsouritavecfroideur,pourcachercesentimentdesolitudeetd'amertumequ'ilnepouvaitexprimer.

«Quoi?!!!!»MoZijinfutcommefrappéparlafoudre,sonairfieretconfiantd'avants'estaussitôtévaporé,ils'étaitcomplètementdégonflécommeunballonpercé.

«…Elleaimetonfrère,alorsmoi…quelestlepointdelapoursuivre…»

MêmesisesyeuxrestaientfixéssurlaphotoquetenaitMoZijin,JiangHaozhen'avaitpasmanquésesmurmures.Ilhaussalessourcils,savoixétaitimprégnéed'uneairmenaçant:

«Qu'entends-tuparlà?»

«…Puisqu'ellenet'aimepas,etquetunel'aimespasnonplus…alorsquelbutaurai-jeàlapoursuivrepourtenuire…»LapenséedeMoZijinétaittoujoursplongéedansledurcoupdelaphrasesimpledeJiangHaozhe:«Elleaimemonfrère»,iln'avaitpasconsciencedecequ'ildisait.

«Qu'as-tudit!!!!»JiangHaozheétaitvraimentencolère.PeuimportecombienMoZijinl'avaitmoquéourivaliséavecluiparlepassé,ils'enétaitmoqué,maisutiliserYongxinàdesfinscommecelle-ci,c'étaitcequ'ilnepouvaitpaspardonnerleplusaumonde!

«Moi,moi,moi…»Ayantenfinprisconsciencedecequ'ilavaitdit,MoZijinavaitrarementl'aird'êtreàcourtdemotsdevantJiangHaozhe.

«Qu'est-cequetuveuxdire?Hein?»JiangHaozhebaissalevisage,cettemenacelefitmêmeavoirdumalàleregarderenface.

«Detoutefaçon…detoutefaçon—c'estcommeça!!»

Illâchacesmotsets'enfuitentournantledos,laissantJiangHaozheseulfaceàsondos,ensecouantlatête.

Cetypeamêmefuienpleurant,commeunenfant.Qu'est-cequ'ilsecroit?Unenfantdebasâge?JiangHaozheavaittoujourslamigraineàl'idéedecevice-présidentquiavaitdesémotionsextrêmes.IlregardaànouveaulaphotoqueMoZijinluiavaitapportée,etilréalisaalorsquec'étaitunephotopriseensecret.

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