Myriades de calamités - Chapitre 46
« Je ne me suis jamais demandé pourquoi je l’aime, et je ne le sais pas non plus. Peu importe. Ce qui compte, c’est qu’elle soit toujours dans mon cœur, et moi dans le sien. » Xu Haicheng pressa sa main contre sa poitrine. Il savait pour qui son cœur battait. Retourner au mont Jingyun pour retrouver Fang Li était une véritable aventure. Il ignorait ce qui l’attendait. Mais cela n’avait plus d’importance. Les épreuves n’étaient que des épreuves parmi d’autres. Le bouddhisme dit que le monde se forme par une succession d’épreuves, et il en va de même pour la vie. Il traverserait sans aucun doute les profondes forêts du mont Jingyun, la rivière obscure sous la grotte de Julong, le temps et l’espace, et retrouverait Fang Li.
Comme des années auparavant, il traversa le jardin baigné de soleil, trouva Fang Li parmi les cannas et lui prit la main.
post-scriptum
J'ai commencé à concevoir ce roman en mai, et à plusieurs reprises, j'ai eu envie d'abandonner, mais je m'y refusais. Si j'abandonnais, je craignais de ne jamais avoir l'occasion de le réécrire. Un ami m'a conseillé, en disant que le chiffre « trois » est associé au cycle de la vie et de la mort dans la culture chinoise, et que je devais le terminer. Alors, j'ai serré les dents et persévéré, passant tout l'été à y réfléchir. J'ai écrit d'innombrables débuts, pour tous les rejeter. À la mi-novembre, j'avais moins de 50
000 mots exploitables. Au comble de ma frustration, un jour, j'ai eu une illumination. J'ai terminé le reste en une semaine, puis j'ai passé un mois à le réviser minutieusement, réécrivant la fin à plusieurs reprises. Enfin, il était terminé, et j'ai poussé un soupir de soulagement.
Certains lecteurs ont remarqué que certains mystères du roman demeurent irrésolus. Puisqu'il ne s'agit pas d'un roman policier, je ne fournirai pas de réponses à chacun d'eux. J'utiliserai parfois les paroles d'autres personnages pour expliquer certains points, et parfois un événement similaire pour illustrer mon propos… Par exemple, à la fin, lorsque Lao Tu Mao se tranche la tête, certains pourraient s'interroger sur les raisons de son suicide. Mon insistance sur l'art sacrificiel, mentionnée plus haut, vise à préparer le terrain. Le suicide de Lao Tu Mao est dû en partie à son sentiment d'être encerclé, mais surtout au sacrifice au dieu de la montagne. Pour d'autres, il s'agissait d'un sacrifice rituel exécuté sous forme de danse Nuo, mais pour lui, c'était un véritable sacrifice
; il offrit sa vie pour les croyances millénaires de son peuple. Avec le temps, son peuple migra peu à peu vers les profondeurs des montagnes, se dirigeant inéluctablement vers la mort. Seule leur foi pouvait encore les soutenir.
Quant à Fang Li et Xu Haicheng, leur avenir importe peu. Ils possèdent le plus beau et le plus merveilleux bonheur au monde
: aimer et être aimé.